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LE   BÉNIN

Au Bénin

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Le Bénin

Superficie :  114.763 km²

Population : 7,04 millions d’habitants

Principales villes :  Cotonou, Porto-Novo

Principales religions : Catholicisme, islam

Nombre de chrétiens catholiques :  1.328.319

Nombre de diocèses :  10

 

Arrivée du premier jésuite :  1981  

 Oeuvres:

-   Apostolat spirituel : Accompagnement spirituel; Exercices Spirituels ; prédications ; retraites…

-   Action sociale : Éditions ; aumônerie des œuvres

 

 Communauté  Arrupe

06 B.P. 701 Akpakpa pk 3 - COTONOU  (Bénin)

Tél.  (229)  35 20 24

jesbenin@yahoo.fr

Un mot sur la SJ au Bénin

Discours du Père Provincial
à la cérémonie de bénédiction de la nouvelle résidence de Godomey

Bénédiction  et  inauguration de la nouvelle résidence jésuite

 

Chapelle du Bénin

 

 

Communauté Bénin

A SEHOUE, AU BÉNIN, LE TEMPS DE LA PREMIÈRE ÉVANGÉLISATION EST PASSE

Sèhouè est une ville de 12000 habitants au Nord de Cotonou, à 90 Km de l’océan, sur la route qui traverse tout le Bénin du sud au nord. La paroisse comprenant Sèhouè et les villages environnants a été confiée à la Compagnie de Jésus en 1986. Le 26 septembre 2001, elle repasse au clergé diocésain; les jésuites se regroupent à Cotonou, en même qu’ils se préparent à fonder à Lomé, capitale du Togo, pays voisin. Yves Richard nous retrace cette histoire.

LES JÉSUITES A COTONOU ET A SEHOUE

Avant 1986

-Charles Jacquet, Xavier Baronnet, Callixte Couffin… : retraites et animations diverses

-Michel Guéry : nombreux contacts en 1972 avec les premières assemblées du ‘Christianisme Céleste’

-de 81 à 83, André Meynier, est aumônier des Bénédictines de Toffo, à 25 Km de Sèhouè; il entra en contact avec les quatre Béninois qui, après Jean-Marie Quenum, entrèrent au noviciat en 82 et 83

Les jésuites à Sèhouè de 86 à 2001

-1986 : Jean-Noël Crespel et Yves Richard viennent du Cameroun, rejoints en 1987 par Xavier Rousselot, venant de l’Inades à Abidjan

-1990 : Apollinaire Radji, Frère tchadien

-1993 : J.N. Crespel réside à Cotonou tandis que Yves Rousselot part à Bafoussam (Cameroun) ; Pio Adami quitte Yaoundé pour venir à Séhoué.

D’autres à Cotonou

-Stan de Souza, indien, appointé par le PNUD pour éditer le recensement national de 1979 et préparer celui de 92.

-Pierre Wittouck, belge, est professeur visiteur à la faculté de médecine de Cotonou de 1986 à 2001 ; il rend bien des services à plusieurs paroisses et communautés.

-Thibaud d’Oultremont, belge, en 93, pour un travail scientifique à base de pisciculture.

-Edouard de Loisy puis Juan-Luis Marteles, comme Supérieurs après JN Crespel.


Une paroisse rurale en société Fon

Pourquoi la Compagnie a-t-elle voulu commencer au Bénin par le service d’une paroisse rurale ? C’est que la paroisse comme telle permet d’être au service de toute la population d’une localité et d’être impliqué dans tous les événements de la vie des gens. De plus, en Afrique, c’est en zone rurale qu’on trouve les plus pauvres et les moins instruits ; c’est là enfin qu’on peut le mieux entrer en contact avec le mode de vie traditionnel : Sèhouè particulièrement, situé à une quarantaine de Kms d’Abomey, permettait de mieux connaître le peuple Fon, sa langue, son histoire, sa culture.


Être en contact avec les personnes, parler la langue, découvrir la culture

Nous nous sommes efforcés de profiter de ces conditions en étant le plus proche possible des gens. Nous n’avons pas cherché à réaliser d’oeuvres très voyantes comme écoles, dispensaires, églises ou salles de catéchismes. Il a fallu quand même faire quelques constructions. Mais nous voulions surtout, comme religieux, vivre bien en contact avec les personnes rencontrées, en commençant par parler leur langue. Ce ne fut pas facile car nous avions presque tous passé la cinquantaine. Jean-Noel, qui parlait déjà bien deux langues du Cameroun, se mit dès son arrivée en octobre 85 à étudier le fon plus de 10 heures par jour. Dès le mois de mai suivant, il prêcha dans cette langue. Yves, de dix ans plus jeune, avec encore assez d’oreille et de mémoire, parvint aussi à la parler convenablement. Pio, qui s’était déjà illustré au Tchad par ses travaux sur le bediondo, tira de l’étude du fon quelques fruits durables : une série de circonstances l’amena à récolter et publier des proverbes ainsi que des traductions bibliques et liturgiques. En 8 ans il édita quatre volumes de proverbes et trois volumes de lectionnaire des messes de semaine; tous ces volumes sont commercialisés en librairie et bien appréciés.

Animation rurale et petits projets de développement

Avec la paroisse, la Compagnie avait reçu la mission d’aider au développement de cette région aux riches potentialités agricoles.

" vos conseils ne sont pas mauvais, mais quand allez-vous nous distribuer des bottes et des mécidaments ? "

Avec sa longue expérience d’animation rurale et le cours de gestion des petits projets récemment édité par l’INADES, Xavier anima plusieurs sessions dans le centre construit par le curé précédent (M. PRAT sma). Yves et lui accompagnèrent aussi dans leurs projets plusieurs groupes de paysans. Ce travail fut rendu difficile par notre maigre bagage linguistique. Et il y eut surtout le malentendu tenace ainsi exprimé : " Vos conseils ne sont pas mauvais, mais quand allez-vous nous distribuer des bottes et des médicaments ? ". Mais cela prépara l’établissement par le P. Didier LEFEBVRE, eudiste, d’un remarquable réseau de petits groupes; il continue jusqu’à présent, dans plus de cent villages, sous l’égide de l’archevêché de Cotonou, d’être un des meilleurs ferments du développement rural au sud-Bénin.

Des opérations répondant à l’attente des gens eurent leur succès : diffusion d’arbres fruitiers, vente de ciment ; installation d’une école ménagère avec foyer pour l’apprentissage de la couture des filles non scolarisées ; bibliothèque pour les élèves du CEG...

Cette bibliothèque a une histoire douloureuse : elle porte le nom du frère Joachim BEINDE, un jeune jésuite tchadien, menuisier de profession, venu passer quelques jours de congé à Séhouè en août 91. Il avait commencé de nous aider en disposant des étagères. Un soir, revenant d’une visite en voiture à la paroise voisine, son véhicule s’encastra sous un camion arrêté sans signalisation! Il repose depuis 10 ans à Sèhouè et le nouveau curé a tenu à garder sa tombe près de lui.

Quant à l’école ménagère, elle fut heureusement influencée, comme toute la paroisse, par l’arrivée fin 96 des Sœurs de ND de l’Immaculée Conception, dites parfois " Sœurs Bleues de Castres ", bien implantées depuis très longtemps au Sénégal et plus récemment à Cotonou.

Complexite du travail pastoral

Au plan paroissial, nous avons continué le travail de nos prédécesseurs : liturgie, catéchèse, baptême de jeunes et d’adultes, formation chrétienne et accompagnement des groupes. Nous avons baptisé en quinze ans plus de 2000 personnes. Ajoutées à celle que nous avons trouvées en arrivant, elles auraient dû faire une grande et florissante communauté chrétienne. En réalité nous nous sommes vite aperçus que la persévérance après le baptême n’était pas bonne.

Le baptême comme point d’arrivée, et non point de départ de la vie chrétienne

Le baptême est recherché trop souvent comme un point d’arrivée, à la manière d’un certificat d’études après lequel vous abandonnez l’école qui vous l’a donné; et non comme un point de départ pour une longue vie chrétienne dans l’Eglise à laquelle vous avez été incorporé. Un grand obstacle à la persévérance est aussi l’exigence ecclésiale d’une célébration sacramentelle du mariage, vis à vis de laquelle ce milieu s’est montré très réticent.

Que dire encore de la diffusion incroyable de ces groupes que nous appelons sectes et qui ont en partie vidé les églises ? Les lieux de cultes non traditionnels érigés depuis peu dans la petite ville de Sèhouè sont déjà au nombre de 19 et, pour l’ensemble de la paroisse, d’environ 50, les plus nombreux étant ceux du Christianisme Céleste, autrefois étudié par Michel Guéry [voir sa recension dans le N° 285 du livre d’A. de Surgy, l’Eglise du Christianisme Céleste].

Culture fon et religion vodun

Le contact avec la population nous a permis de découvrir maints aspects de sa culture. Certains très positifs comme la fierté du peuple à l’égard de sa langue, de son passé et de sa religion vodun. D’autres moins appréciables : que d’insomnies dues au vacarme sans lequel les défunts ne seraient pas honorés : sépulture et cérémonies commémoratives ! L’usage exagéré des amplificateurs et des haut-parleurs illustre trop bien le concept de "pollution sonore". Aucun règlement n’a pu s’y opposer!

L’énigme que posent les rites funéraires

En réalité, après quinze ans, nous sommes loin de pouvoir dire que nous avons compris ne serait-ce qu’un point important de cette culture, et nous nous sentons encore moins capables de la décrire ou d’en parler. Il y a entre autres cette énigme : pourquoi le religieux et le funéraire sont-ils si visibles, si voyants, quasi hypertrophiques ? Réciproquement, pourquoi les événements importants de la vie humaine, de notre existence sur la terre, ne sont-ils pas, ou si peu, célébrés ? Il n’existe dans le milieu, semble-t-il, aucune danse profane, ordinaire, qu’on ferait simplement parce que ce soir il y a clair de lune et qu’il fait bon vivre. Tout est sacré, religieux. D’une religiosité qui ne laisse pas de place à la juste autonomie du profane ; et quand le sacré ne s’ouvre pas et ne porte pas à la foi, il risque de devenir magie.

De Sèhouè à Cotonou

Nous savions que notre présence à Sèhouè ne serait pas définitive. Assez tôt nous avons loué un appartement à Cotonou, pied à terre facilitant les courses et l’accueil des voyageurs. En 1993, nous pûmes acquérir une maison entourée d’un bout de terrain, dans un quartier assez proche du centre ville, et un père s’y est établi, ébauchant la résidence d’une petite communauté de ville. Trois compagnons, Jean-Noel Crespel, Edouard de Loisy et Juan-Luis Marteles s’y sont succédés, exerçant des ministères appréciés : enseignement, accompagnement spirituel, Exercices spirituels, conférences.

Nous voici donc partis de Sèhoué pour Cotonou. Apollinaire est retourné au Tchad. Yves a suivi à Rome une session de "Renouveau au milieu de la vie" et a prolongé ce temps sabbatique à Paris jusqu’en juillet. Pio Adami, après deux mois en Italie, a fini l’année à Cotonou avec les PP. Agide Galli et Robert Sauvadet qui sont ensuite partis fonder une nouvelle résidence à Lomé, au Togo le pays voisin. En compagnie de Charles Agbessi qui attendait son visa pour les USA, il a gardé la maison de Cotonou accueillante et développé ses activités : accompagnement des jeunes en recherche de vocation, direction spirituelle, retraites, prédications, publications en fon.

Le besoin d’un espace plus vaste que cette maison nous a conduits, grâce à l’amitié du P. Provincial avec les Petites Sœurs des Pauvres, à reprendre un terrain qu’elles sont en train de quitter. C’est très bien situé, sur la périphérie Ouest de la ville. Avec l’aide du F. de Maurin, nous y emménagerons en cette fin d’octobre, dans les maisonnettes existantes, avec le projet d’y batir une chapelle, une résidence et un petit centre d’exercices spirituels. Ainsi prendra fin, pour la Compagnie de Jésus au Bénin, sa transition de la campagne à la ville, pour un plus grand service de la Mission du Christ.

P. Yves Richard, s.j.