La Compagnie de Jésus s’engage dans l’éducation: 1540 - 1556

Bien que tous les premiers compagnons d’Ignace fussent diplômés de l’Université de Paris, les institutions d’éducation n’entraient pas dans les premiers desseins de la Compagnie de Jésus. Dans la présentation qu’en donne la «Formule » soumise à l’approbation de Paul III, la Compagnie de Jésus fut fondée «principalement dans le but de procurer avant tout la défense et la propagation de la foi et le progrès des âmes dans la vie et la doctrine chrétiennes, par des prédications publiques, des leçons et toute autre manière d’exercer le ministère de la Parole divine, par les Exercices Spirituels par l’enseignement de la doctrine chrétienne aux enfants et aux ignorants par le réconfort spirituel des fidèles en entendant leurs confessions et en administrant les autres sacrements ».

Ignace voulait que les jésuites soient libres d’aller d’un endroit à l’autre, partout où le besoin était le plus grand; il pensait que des institutions les lieraient et empêcheraient cette mobilité. Mais les Compagnons n’avaient qu’un seul but: «en toutes choses aimer et servir la Divine Majesté»; ils adopteraient tous moyens leur permettant de mieux réaliser cet amour et ce service de Dieu par le service des autres.

Les résultats positifs que l’on pouvait obtenir par l’éducation des jeunes gens, devinrent rapidement évidents, et il ne fallut pas longtemps pour que les jésuites s’engagent dans cette oeuvre. Écrivant de Goa en 1542, François Xavier décrivait avec enthousiasme les résultats qu’y obtenaient les jésuites faisant la classe au collège Saint Paul; Ignace lui répondit en l’encourageant. Un collège avait été établi en Espagne à Gandie, pour la formation de ceux qui se préparaient à entrer dans la Compagnie; devant l’insistance des parents, on commença à y admettre d’autres garçons de la ville en 1546. Le premier «collège jésuite», en tant qu’institution essentiellement faite pour des jeunes élèves laïcs, fut fondé à Messine deux ans plus tard. Et quand il devint évident que l’éducation pouvait servir efficacement, non seulement à la formation humaine et spirituelle, mais aussi à la défense de la foi que la réforme menaçait, le nombre des collèges jésuites augmenta très rapidement: avant sa mort en 1556, Ignace approuva personnellement la fondation de 40 écoles.

Pendant des siècles, les Ordres religieux avaient contribué à la formation d’étudiants en philosophie et en théologie. Que les membres de ce nouvel Ordre religieux fassent davantage, en enseignant les humanités et en dirigeant des collèges, c’était là quelque chose de nouveau dans la vie de l’Église, nécessitant une approbation officielle par décret pontifical.

Ignace pendant ce temps restait à Rome et consacrait les dernières années de sa vie à la rédaction des Constitutions de ce nouvel Ordre religieux.