LE TCHAD

 

a-      La pénétration musulmane.

Le pays aurait subi la pénétration de l'islam depuis le temps de l'Hégire; la guerre Sainte lancée par Mahomet, lors de raid de 666 mené par UQBA B NAFI contre les villes de Kawar à moins de 600 km du Tchad actuel. Quant à la religion musulmane, elle remonte à 4 siècles plus tard (1090) avec la montée au trône de DUNAMA souverain de la dynastie des Banu sayf, un musulman au Kamen. La région du Lac-Tchad fut en contact de l'ifriqiyya par les caravanes dromadaires. Le Kamen, sous la gouvernance musulmane affirmera sa personnalité islamique. Au Baguirmi comme au Ouaddaï, l'islam commence respectivement au XVIème et au début XVII° siècle. L'islamisation des campagnes aurait commencée à partir du XVIII° siècle. "L'islamisation a été d'une manière globale pacifique, elle s'est cependant accompagnée, comme partout ailleurs dans les royaumes sahéliens, de la traite des esclaves, pratiquée de manière régulière et institutionnalisée aux dépens des "païens" et "infidèles" du sud." (H. Coudray, Islamochristiana, p.8 &2). Le Tibesti sera touché au XIX° siècle. "au moment où commence la colonisation française, l'Islam, au Tchad, occupe à peu près le même espace que nous lui connaissons aujourd'hui; à savoir les neuf préfectures d'au-delà de la rive droite du Chari. Le BET n'est cependant encore que superficiellement islamisé et, au Guéra, où des populations, réfractaires aux raids des troupes ouaddaïennes, se retranchent dans leurs montagnes comme en des sanctuaires, l'animisme est encore très vivant. Dès lors, c'est sous le contrôle colonial que l'Islam va continuer à se développer. Mais à part le Guéra et les franges septentrionales et orientales du Mayo-Kébi et du Moyen-Chari, ce développement de l'Islam ne touchera désormais plus des terres et des peuples nouveaux. C'est plutôt sous la forme d'un approfondissement et d'un affermissement de ses structures internes que se réalisera ce développement." (H. coudray, Islamochristiana, p.9 &9). Les musulmans au Tchad sont en majeur partie des ruraux: sédentaires pratiquant les cultures traditionnelles du sahel et de la savane, des éleveurs nomades, des commerçants.

 

b-      La pénétration Chrétienne

Contrairement aux autres pays d'Afrique qui ont accueilli les missionnaires au même moment que les colons, le cas du Tchad présente une autre voie. Car il a fallu du temps pour que les missionnaires viennent rejoindre les administrateurs et les soldats. Fourreau Lamy, chef de la mission sahélienne écrira à ce sujet: "Si l'on veut faire quelque chose de positif, de profitable et de durable dans les pays traversés par la mission sahélienne, il faut…s'attacher avec soin à éloigner partout les missionnaires chrétiens à quelque église qu'ils appartiennent. L'action des missions intransigeantes et aveugles par l'éducation et par la destination, a toujours été néfaste dans nos colonies…et il est mille fois préférable de laisser les populations de nos diverses colonies pratiquer en paix leurs religions respectivement. On doit leur éviter les ennuis que leur causent toujours les efforts de prosélytisme des missionnaires chrétiens." (Fernand Foureau, cité par H. Coudray, Islamochristiana, p.34). Cette opposition farouche à toute mission chrétienne perdra sa valeur après la guerre de 1914-1918 avec la création de la SDN (Société des Nations). Les premiers missionnaires furent les missionnaires baptistes et évangéliques américains qui sont arrivés au Sud du pays en 1920 et seront suivis des missionnaires d'autres nationalités - tous appuyés par leurs diverses ambassades avec le pouvoir colonial. Les missions catholiques suivront les directives romaines. La politique mettait des barrières quant à la pénétration sur le sol tchadien des missionnaires italiens. "Mais profitant du racollage de 1925 à 1932 du Moyen-Chari et du Moyen-logone à la colonie de l'Oubangui-chari et donc dépendant de Bangui, des missionnaires catholiques vont essayer d'atteindre le sud, près de Moundou en 1929, puis Doba en 1934 et Sarh en 1939. Les misions catholiques ne prendront essor qu'à partir du 22 Mars 1946 lors du décret romain portant nomination à la création de trois juridictions religieuses confiées respectivement aux Jésuites, aux Oblats de Marie et aux Capucins. Entre temps, les misions protestantes sillonnaient le pays. Des œuvres d'évangélisation et aussi un volet social, médical et scolaire seront à mentionner. Mais ces missions seront confrontées à deux problèmes majeurs. D'abord le fait de traduire la Bible en langue étrangère qui est le Sango limitait leur action et ensuite les positions intransigeantes sur les pratiques animistes et la consommation de l'alcool qu'elles adoptent créent des attitudes de méfiance de la part des indigènes. Quant aux missionnaires catholiques, leur retard sera vite comblé par la création des paroisses, des écoles de formation agricole et de gestion domestique. Une dimension sociale sera l'activité de l'église catholique. Elle s'est adressée à tous sans distinction de religion.

 

Les Jésuites au TCHAD

 

1.      La naissance de la mission

Le fondateur de la mission jésuite au Tchad est un jeune français né le 5 octobre

1875 au château de Marèges près de Liginac, canton d'Usel. Il entre dans la compagnie de Jésus dès 1892 et fera son noviciat de novembre 1898-juillet 1900 à Aix Province; puis la philosophie à Jersey de Septembre 1900 à Août 1903; la théologie à Canterbury en Hastings de 1905 à01909. Il sera ordonné le 24 Août 1908, jour de la saint Barthélemy. Le 7 octobre 1916, à Paray-le-Monial, il sera admis à la profession des quatre vœux  après son 3°an de noviciat en 1913 à Canterbury. Le père Frédéric de Bélinay a prononcé ses quatre vœux en plein cœur de la guerre de 1914. Après cette horrible guerre, il va errer de 1919 à 1932. Le père Frédéric depuis son Noviciat est attiré par les missions étrangères. Mais son désir sera contrarié car ses supérieurs envisageaient d'abord les misions des campagnes en France. Ainsi donc, au nom de l'obéissance, il entrera dans le désir des supérieurs, laissera dissoudre d'une manière ou d'une autre son désir. Mais suite à la rencontre qu'il ait eue avec le Lieutenant Jean Mazodier,  en automne de 1931 qui venait à peine du Tchad après deux ans de séjour et selon lui, il n'aurait pas rencontré de prêtre dans tout le pays, le vieux désir du père de Belinay s'éveillera et le 20 novembre 1934, il sera nommé aumônier militaire bénévole au Tchad. Pour descendre sur le terrain, il lui fallait un titre. Ce qui rendrait la délicat. Car ses supérieurs ne partagent pas son point de vue. Le père Frédéric de Belinay fera feu de tout boit pour aboutir à sa besogne. Le R.P. de Bonneville, provincial, dira à ce sujet au père frédéric: "vous allez vite en besogne, et l'imagination devance encore l'action, ce qui est normal, mais à une allure vertigineuse, ce qui est troublant. Quant à la nomination d'aumônier, nous sommes d'accord pour dire qu'elle est le seul titre solide  pour vous introduire là-bas. Mais vous ne pouvez pas dire que vous étiez d'accord avec moi pour déposer maintenant votre demande, et vous saviez que, je donnerais mon approbation à votre départ qui si je trouve satisfaisantes les conditions qui vous sont faites…"( Joseph Fortier, Frédéric de Belinay pionnier des missions du Tchad, p.101). Après tant d'insistances et d'aide de bien d'amis, il parvient à Pointe Noire le 8 janvier 1935, par le chemin de fer atteint Brazzaville et très vitre, rejoint Mgr Grandin évêque de Bangui. Bien que son provincial, le R.P. de Bonneville, trois mois avant son départ lui disait "de se tenir strictement dans les limites de son mandat d'aumônier militaire et ne rien faire qui ressemble à l'établissement d'une mission",  le père Frédéric de Belinay va chercher à introduire les Jésuites dans l'évangélisation du peuple tchadien. Pendant ce premier temps de séjour, il va parcourir tout le Tchad, du nord au sud, de l'est à l'ouest. En 1937, suite à un problème de santé, il sera évacué en France et ne retournera au Tchad qu'en janvier 1938. Le 15 Août 1939, il sera nommé aumônier titulaire avec solde de capitaine. De 1938 à 1945 , le père Frédéric de Belinay vit sur la défensive. Il paraît ne plus se prononcer à haute voix. Mais dans sa lettre du 1er juillet 1945, il officialise le "fait que la situation est mûre pour établir une mission, mais étant donné la complexité de la situation, il se montre détaché et indifférent pour les résultats: "J'ai l'honnête intuition que je dois faire ce qui est en mon pouvoir…la fondation d'un vicariat apostolique au Tchad est inévitable." Aussi, lorsqu'il fera part de son projet au nouveau provincial de Lyon, le R.P. Auguste Décisier, ce dernier le soutiendra ainsi que le père visiteur, le père Demaux Lagrange et le père Norbert de Boynes, vicaire général de la compagnie de Jésus depuis la mort de T.R.P.Ledochowski. Tous sont pour la fondation de la mission du Tchad. En fin de compte, le père Frédéric de Belinay dira: "Cette affaire du Tchad en 1934, ni le général, ni le provincial de Bonneville n'en voulant. C'est grâce à la décision du père Chamussy (le père provincial étant parti pour la Syrie) que j'ai eu l'autorisation. Il faut bien avouer que j'avais forcé la main à mes supérieurs. J'ai l'intuition claire que Notre Seigneur désirait cette affaire et en écartant  les obstacles…je me trouve en plein accord avec mes supérieurs …c'est n'est plus moi qui conduis l'affaire, mais Notre Seigneur…" (Joseph Fortier, Frédéric de Belinay pionnier des missions du Tchad, p.174-175).

 

2. La mission jésuite au Tchad

Le 15 novembre 1945, la congrégation de la Propagande publie un premier décret attribuant au père Frédéric de Belinay une juridiction personnelle sur toute la partie du Tchad excepté les zones d'actions des capucins de Berbérati. Pour tenir informer tous les Jésuites de la province de Lyon de cette nouvelle mission, le R.P. Provincial, le père Décisier dira: "Ainsi donc une nouvelle mission confiée à notre province prend naissance au Tchad. Pour que cette responsabilité nouvelle soit reçue par tous avec joie, il nous suffit de savoir qu'elle nous est donnée par l'Eglise. Mais à cette raison première s'en ajoutent beaucoup d'autres importantes. - cette mission en terre païenne stimulera notre zèle missionnaire; situé aux confins de l'Egypte, elle vient élargir et renforcer notre action missionnaire au proche-orient. Elle suscitera des vocations. Elle s'annonce très dure, cette dureté même sera un appel. Nous devons donc humblement remercier Dieu pour le don qu'il nous a fait. Nous prierons pour tous nos frères missionnaires et pour ces frères païens ou catéchumènes dont nous prenons la charge. Daigne le Seigneur bénir et féconder ce petit commencement." (Joseph Fortier, Frédéric de Belinay pionnier des missions du Tchad, p.180).

La déclaration officielle faite le 21 Mars 1946 par Mgr Celso Constantini, sécrétaire de la Propagande ne confie aux Jésuites que les régions musulmanes à savoir, le Guéra (Mongo), le Batha (Ati), le Ouaddaî (Abéché) et le BET (Bourkou-enedi-Tibesti). Ce qui déplut au père Frédéric de Belinay et il écrira une lettre au Mgr Sintas, préfet apostolique, pour lui exprimer son mécontentement et lui demander humblement d'accorder aux Jésuites comme département Fort-Archambault (Moyen-Chari). Ce qui sera agréé. De cette ville importante, les missionnaires jésuites étendront leur mission. Sentant une malaise dans sa santé, le père Frédéric de Belinay, ne manquera pas d'informer son provincial et lui demander un nouveau supérieur de mission. Le 31 juillet 1946, fête de la st Ignace, arrivent les pères Pierre Raison 40 ans et Victor Barjon 44 ans. Ces premiers compagnons partageront les mêmes maisons avec les Oblats de Marie ( à quelques exceptions près). Le nouveau supérieur de la mission fut le père Charles Margot qui arriva le 25 décembre 1946 à Abéché puis à Fort Lamy (ayant quitté de Paris le 26 septembre 1946) pour rejoindre le père Victor Barjon. En fin d'année 1946, le personnel jésuite se compose de cinq prêtres bien mûrs: Frédéric de Belinay (71 ans), Charles Margot ( soixantaine), Claude Schérantz (50 ans)), Victor Barjon (44 ans),  Pierre Raison (40 ans) et le Frère Catt. Bien qu'ils aient une « maison » à Fort Lamy, cette ville ne leur sera confiée que le 13 janvier 1947 lors de la consulte des cardinaux et ils pourront s'y établir. Le 18 avril arrive le frère Catt, un anglais, qui se mettra aussitôt à construire une chapelle. Après ses derniers vœux prononcés à Fort-lamy, le père Pierre Raison viendra rejoindre le frère Catt à Chagoua pour s'y installer. Le 25 avril 1947, le R.P. du Bouchet, ancien provincial de Lyon, puis Maître des novices, est nommé préfet apostolique de Fort Lamy (officiellement connu le 25 mai 1947) et il arrive le 28 octobre 1947 au Fort-Archambault et le lendemain à Fort Lamy. S'étant définitivement installé à Maro, le père Claude Schérantz fonde une mission sous le patronage de St Jean François Régis. Le 25 juillet 1947 arrive à Fort Lamy, le père Louis Forobert, savoyard de Génève, 33 ans, en Août 1947 passera la fête à Maro auprès du père Schérantz. Il s'installera définitivement à Bousso en décembre 1950 aidé du frère Louis Bonnevay et bientôt du père Gabriel Rey; ceux-ci arrivés le 27 novembre 1947 accompagnés du scolastique André Meynier. En février 1948, une ouverture officielle après une étude du terrain faite par le père Raison et André Maynier de la mission catholique au Guéra, d'abord à Mongo, puis chez les Djongor du Duram- Baro, non loin du Abou-telfane: c'est planter la croix dans le pays musulman, dans les tribus restées païennes et peu touchées par l'Islam. Le 19 février 1948, le père Gabriel Rey et le frère Louis Bonnevay ouvrent la mission de Bongor. Déjà avant le départ définitif du pionnier de la mission du Tchad, le père Frédéric de Belinay en juillet 1948, les Jésuites sont sur l'ensemble du terrain tchadien,  du moins ils y sont connus. Le personnel se compose de: les père Frédéric de Belinay, Charles Margot, Claude Schérantz, Pierre Raison, Victor Barjon, Du Bouchet, Louis Forobert, Gabriel Rey, les frères frère Louis Bonnevay , Catt et le scolastique André Meynier. C'est sur cette base que naîtront des paroisses. Les premières tâches étaient des créer des maisons = paroisses, écoles ou organisations.

 

ERBI Alkali, s.j.